À environ 30 minutes de train au nord du centre de Kyoto, le petit village de montagne qui s'étend au pied du mont Kurama (Kurama‑yama) est enveloppé, le soir du 22 octobre, par l'une des fêtes du feu les plus saisissantes du Japon. Le Kurama no Hi Matsuri (fête du feu de Kurama), fête annuelle du sanctuaire Yuki (Yuki Jinja) célébrée chaque 22 octobre, est l'une des trois fêtes les plus étranges de Kyoto. Si le Jidai Matsuri (Jidai Matsuri), qui se tient le même jour dans le centre de Kyoto, est « l'élégance du jour », celle-ci est « la flamme de la nuit » : deux fêtes si contrastées qu'on a peine à croire qu'elles ont lieu dans la même ville, le même jour.
Des feux brûlent des deux côtés d'un étroit chemin de montagne, et des hommes portant des torches remontent la route de Kurama en criant « Sairei ya, sairyo ! ». Le spectacle de plus de 300 torches, grandes et petites, rassemblées vers 21 h devant la porte du temple Kurama-dera n'aurait presque pas changé depuis l'époque de Heian. Après avoir parcouru 1 000 ans d'histoire japonaise avec le Jidai Matsuri, découvrir dans les flammes de Kurama « l'autre visage » de ce même temps : c'est le luxe qu'offre la journée du 22 octobre.
⛩️ An 3 de l'ère Tengyo (940) : du palais impérial à Kurama
Les origines du sanctuaire Yuki remontent à l'an 3 de l'ère Tengyo (940). Le Japon d'alors traversait instabilité politique et catastrophes naturelles, et la capitale subissait tremblements de terre et épidémies. L'empereur Suzaku (Suzaku Tenno), priant pour la paix du pays et le bonheur du peuple, ordonna de transférer à Kurama la divinité Yuki Daimyojin, jusque-là vénérée au palais impérial, pour en faire la gardienne du nord de la capitale.
Lors de ce transfert, on aurait fabriqué des torches avec des roseaux de la rivière Kamo et allumé des feux le long du chemin, de la rivière Kamo jusqu'à Kurama, pour accueillir la divinité. La procession s'étendait sur environ 1 km ; pour transmettre aux générations suivantes ce spectacle gravé dans les yeux de leurs contemporains, les villageois se mirent à le reproduire chaque année : c'est le début du Kurama no Hi Matsuri.
Autrement dit, cette fête n'est pas un simple rite : elle a la particularité très rare de rejouer chaque année une nuit vieille de plus de 1 080 ans. Si le Jidai Matsuri du centre de Kyoto a 130 ans d'histoire, depuis ses débuts en 1895 (28e année de Meiji), le Kurama no Hi Matsuri a transporté jusqu'à nous, intact, le souvenir du Xe siècle. En 1997, il a été classé bien culturel folklorique immatériel enregistré de la ville de Kyoto.
🔥 Grandes, moyennes et petites torches : trois sortes de flammes
Les torches du Kurama no Hi Matsuri sont fabriquées à la main par les ujiko (paroissiens) dès la fin de l'été, en assemblant broussailles, roseaux et racines de pin récoltés sur le mont Kurama. Elles se répartissent en trois tailles, et l'âge et le rôle des porteurs sont clairement définis.
| Type | Taille | Porteurs |
|---|---|---|
| Petite torche (komatsu) | Un enfant peut la tenir d'une main | Des tout-petits aux écoliers |
| Torche moyenne (chumatsu) | Taille moyenne, portée à plusieurs | Collégiens et lycéens |
| Grande torche (omatsu) | Environ 3 à 4 m de long, environ 100 kg, environ 1 m de diamètre | Portée par 3 ou 4 jeunes hommes |
La grande torche est d'une puissance telle qu'elle évoque moins une torche qu'une « masse de feu en mouvement ». Les porteurs avancent sur l'étroite route de Kurama, couverts d'étincelles de la tête aux pieds. Leur tenue est impressionnante : pagne (shimekomi), armure de guerrier, bandoulière de paille (tasuki) et bandeau noué autour de la tête. Cette tenue de guerrier perpétue l'apparence des officiers militaires de l'époque de Heian, quand le sanctuaire Yuki fut transféré.
🎺 « Sairei ya, sairyo ! » : plus la nuit avance, plus la ferveur monte
Le Kurama no Hi Matsuri se caractérise par une intensité qui monte par étapes au fil des heures. Le déroulement général est le suivant.
Vers 18 h : l'annonce du rite – au signal « Shinji ni mairasshare » (« venez au rite sacré ! »), on allume en même temps les feux (kagaribi) placés devant chaque maison du village de Kurama. Tout le village est alors baigné d'une lumière orangée.
De 18 h 30 à 19 h : départ des petites torches – les jeunes enfants commencent à parcourir la route avec leurs petites torches. Le cri « Sairei ya, sairyo ! » résonne dans le village de montagne.
De 19 h à 20 h : arrivée des torches moyennes et grandes – à mesure que le temps passe, des torches de plus en plus grandes apparaissent, portées par des porteurs de plus en plus âgés. En divers points de la route ont lieu des rites appelés shorei, accompagnés de hallebardes sacrées (kenboko) et de tambours.
De 20 h à 21 h : rassemblement des torches devant la porte – plus de 300 torches se rassemblent sur les marches de pierre devant la porte du Kurama-dera. C'est le point culminant visuel de la fête. Les flammes jaillissent vers le ciel nocturne, et les étincelles volent jusqu'au-dessus des têtes des spectateurs.
Vers 22 h : coupe de la corde sacrée et sortie des mikoshi – la grande corde sacrée (shimenawa) tendue devant la porte est coupée, et deux mikoshi (palanquins sacrés) sortent du sanctuaire Yuki. Ils sont portés par les jeunes du village. Sous les mikoshi, des jeunes hommes ayant un rôle particulier, appelés choppen, s'y suspendent la tête en bas ; ce rite aurait aussi valeur de passage à l'âge adulte.
Après minuit : le retour – les mikoshi font le tour du village, et les rites se poursuivent jusqu'au petit matin du 23. La fête ne se termine complètement que vers 1 h du matin.
📅 Programme 2026
| Heure | Rite |
|---|---|
| 15:00〜 | Début des restrictions de circulation sur la route de Kurama |
| Vers 18 h | Annonce du rite, allumage des feux devant chaque maison |
| Vers 18 h 30 | Les petites torches commencent à parcourir la route |
| 19:00〜20:00 | Arrivée successive des torches moyennes et grandes |
| 20:00〜21:00 | Rassemblement des torches devant la porte du Kurama-dera (point culminant) |
| Vers 22 h | Coupe de la corde sacrée, début de la procession des mikoshi |
| Après minuit | Retour des divinités, fin de la fête |
| Vers 1 h le lendemain | Levée des restrictions de circulation |
* Les horaires sont indicatifs, d'après les années précédentes, et peuvent varier selon le déroulement. Pour les détails, consultez les annonces du sanctuaire Yuki ou de l'association touristique de Kyoto.
📝 Conseils pour en profiter
Combiner avec le Jidai Matsuri : l'itinéraire idéal consiste à assister au Jidai Matsuri, qui part à midi du Palais impérial de Kyoto, à le voir arriver au Heian Jingu vers 14 h 30, puis, après une pause repas ou repos, à partir pour Kurama vers 16 h-17 h. Un circuit luxueux, possible un seul jour par an, pour vivre les 1 000 ans de Kyoto sous ses deux faces, le jour et la nuit.
Le train Eizan, indispensable : le 22 octobre, de 15 h à 1 h du matin, la route de Kurama est entièrement fermée à la circulation. Impossible d'approcher en voiture : le seul transport en commun possible est le train Eizan (Eiden). Environ 30 minutes de la gare de Demachiyanagi à celle de Kurama. Le jour de la fête, des trains supplémentaires circulent, mais le retour le soir reste très chargé.
Où se placer : les marches de pierre devant la porte du Kurama-dera sont le grand moment, mais après 20 h, la foule et les restrictions de la police peuvent empêcher de s'y arrêter. Pour voir de près la procession des torches, le milieu du village, le long de la route de Kurama, offre un peu plus d'espace.
Se protéger des étincelles et de la fumée : les étincelles des grandes torches volent vraiment jusqu'à vous. Les vêtements en fibres synthétiques (doudounes, etc.) risquent d'être troués : préférez une veste en coton. Un masque ou un mouchoir devant la bouche protège de la fumée. Si vous portez des lunettes ou des lentilles, des lunettes de soleil pour protéger les yeux sont aussi utiles.
Se protéger du froid : fin octobre, la nuit, la température au mont Kurama descend autour de 5 à 10 °C. Vêtements chauds, gants et chaufferettes rendront l'attente plus confortable.
Sécurité : pour ne pas gêner les porteurs ni le déroulement du rite, suivez les instructions de la police et des agents de sécurité. Se placer juste sous une torche est très dangereux.
🚃 Accès
| Départ | Itinéraire | Durée |
|---|---|---|
| Gare de Kyoto | Métro ligne Karasuma → station Imadegawa → à pied → gare de Demachiyanagi → train Eizan | Environ 1 heure |
| Gare de Kyoto | JR ligne Nara → gare de Tofukuji → ligne principale Keihan → gare de Demachiyanagi → train Eizan | Environ 50 minutes |
| Gion-Shijo | Ligne principale Keihan → gare de Demachiyanagi → train Eizan | Environ 45 minutes |
| Gare de Demachiyanagi | Train Eizan → gare de Kurama | Environ 30 minutes |
| Gare de Kurama | À pied jusqu'au sanctuaire Yuki | Environ 6 minutes |
Le jour de la fête, le train Eizan circule selon un horaire spécial, avec des trains supplémentaires de la journée jusque tard le soir. Mais le retour (21 h-minuit) est très chargé, et l'accès à la gare de Kurama est parfois filtré. Des trains circulent encore après minuit, mais prévoyez de la marge. Si vous rentrez à un hébergement dans le centre de Kyoto, vérifiez aussi à l'avance l'heure des derniers métros et trains Keihan.
🌌 Une flamme millénaire qui transforme l'air du village
Ce qui frappe le plus au Kurama no Hi Matsuri, ce sont les visages des participants. L'expression des porteurs n'est pas celle de gens qui s'amusent simplement : elle est empreinte d'une détermination tranquille, plus profonde, celle de transmettre la mémoire de ce village de montagne. Le travail des villageois qui, de 940 à aujourd'hui, depuis plus de 1 000 ans, n'ont jamais laissé s'éteindre ce spectacle chaque 22 octobre se lit sur leurs visages.
Si le Jidai Matsuri est la fête de « la renaissance et de la fierté de la ville de Kyoto », le Kurama no Hi Matsuri est celle de « la mémoire originelle préservée par un petit village de montagne ». Même ville, même date, mais deux écoulements du temps différents. En vivant les deux, on comprend plus profondément l'épaisseur de Kyoto.
Le soir du 22 octobre, faites le voyage jusqu'à la montagne de Kurama. Entre les visages éclairés par les torches, vous trouverez une nuit d'automne japonaise qui se perpétue depuis l'époque de Heian.





